Gratuité de la carte d’identité biométrique : le business lucratif des réseaux mafieux sur le dos des citoyens

La décision du chef de l’État, le général Mamadi Doumbouya, de rendre gratuite la délivrance de la Carte nationale d’identité biométrique (CNI) avait été accueillie comme un véritable souffle de justice sociale. C’était la promesse d’une citoyenneté facilitée pour tous les Guinéens, sans distinction de revenus. Pourtant, sur le terrain, cette noble ambition se heurte à un mur : celui d’une corruption systémique qui transforme un droit gratuit en un luxe coûteux.

​Dans la plupart des commissariats centraux de la capitale, un système à deux vitesses s’est installé. Ceux qui refusent de céder à la corruption sont soumis à une attente interminable qui effrite tout espoir. Au commissariat central de Gbessia, par exemple, le constat est alarmant : après l’enrôlement, il faut parfois patienter quatre mois, six mois, voire un an. Cette lenteur semble être une stratégie délibérée, entretenue pour pousser les usagers vers des réseaux mafieux savamment implantés au cœur même de nos institutions.

​Ces intermédiaires, véritables agents de l’ombre, proposent leurs services moyennant des sommes variant entre 200 000 et 400 000 GNF. En échange, ils garantissent l’obtention du précieux document en un temps record : de trois jours à une semaine. Cette pratique, qui se déroule au vu et au su de tous, bénéficierait de la complicité de certains responsables et d’agents du service central de traitement des données.

​Cette corruption à ciel ouvert sabote la vision du chef de l’État, qui a instauré cette gratuité pour alléger le quotidien de ses concitoyens. Sur le terrain, cette mesure de bienveillance est devenue, par la faute d’individus malintentionnés, un obstacle majeur pour les plus démunis.

​Si le service central de traitement des données est, comme beaucoup le soupçonnent, le verrou utilisé pour justifier ces retards artificiels, alors le mal est profond. On ne se contente pas de soutirer de l’argent aux citoyens : on bafoue l’autorité du premier magistrat du pays et on discrédite l’action publique. Un droit qui ne peut s’exercer qu’en payant un pot-de-vin n’est plus un droit, c’est une injustice.

​Il est temps que les autorités compétentes prennent des mesures fermes pour mettre fin à ces pratiques qui humilient les citoyens. La gratuité ne doit pas être le synonyme d’un service dégradé ou d’un racket organisé.

​Des citoyens appelons plus particulièrement le ministère de la Sécurité et la Direction générale de la Police nationale à sortir de leur mutisme. Il est urgent de diligenter des enquêtes de moralité et des inspections inopinées dans les commissariats centraux et de numériser davantage le suivi des dossiers pour que chaque citoyen puisse suivre l’évolution de sa demande en ligne. Ils demandent en outre aux autorités d’infliger des sanctions disciplinaires exemplaires aux agents complices et de procéder au démantèlement des réseaux d’intermédiaires gravitant autour des centres d’enrôlement, ainsi que de la centralisation, souvent indexée comme la source de ces réseaux mafieux.

Il est impératif de rendre la gratuité de la CNI effective dans les délais prévus par la loi, mettant ainsi fin au calvaire de ces Guinéens contraints de multiplier les allers-retours désespérés dans les commissariats pendant des mois.

Facinet Camara