Référendum du 21 sept: Dr Faya Millimono appelle à voter massivement “Non” au projet de constitution
Le président du parti Bloc Libéral (BL), Dr Faya Millimono était devant la presse ce lundi, 1er septembre 2025 à Conakry. Au cours de cette rencontre, plusieurs sujets ont été abordés par le conférencier notamment, le projet de nouvelle constitution. Après analyse critique du contenu de ce texte, Bloc Libéral appelle les guinéens à rejeter le projet de constitution lors du référendum du 21 septembre 2025, soulignant que dire Non à ce projet de constitution, c’est dire OUI à la démocratie, au respect des
droits et libertés, au vivre ensemble apaise, à la lutte contre la mal gouvernance, la corruption et l’impunité.
Analyse du contenu du projet de constitution
Le projet de Constitution qui nous est soumis n’est rien d’autre qu’une machine à broyer notre démocratie, notre économie et nos libertés. Derrière un vernis de modernité
institutionnelle se cache en réalité une architecture lourde, coûteuse et inefficace, taillée sur mesure pour concentrer le pouvoir entre les mains d’un seul homme et neutraliser toute opposition réelle.
L’analyse du projet de constitution par le Bloc Libéral révèle plusieurs dangers :
4.1. Rupture dangereuse avec la Charte de la transition, banalisation du serment et consécration du parjure
Ce projet banalise le serment présidentiel et consacre le parjure institutionnel. La Constitution de 2010, rigide et protectrice, avait été contournée par Alpha Condé par
des manœuvres constitutionnelles pour s’octroyer un mandat supplémentaire.
Aujourd’hui, le CNRD adopte la même logique, malgré que la Charte de la Transition interdise expressément aux membres du CNRD et du CNT de se porter candidats à une élection présidentielle.
Cette répétition d’abus fragilise la morale publique et la confiance des citoyens dans la Constitution. Elle transforme l’État en instrument au service du pouvoir plutôt qu’en
garant de la démocratie et du droit.
4.2-Pléthore d’institutions : l’illusion de la gouvernance moderne
Le projet de Constitution 2025 crée une véritable jungle institutionnelle : Présidence, Premier ministre, Gouvernement, Sénat, Assemblée nationale, Cour constitutionnelle, Cour suprême, Cour des comptes, Cour spéciale de justice, Commission nationale pour le développement, Commission nationale de l’éducation civique et des droits humains, Organe technique indépendant de gestion des élections, Commission de régulation de la communication et de l’audiovisuel, Conseil économique, social, environnemental et culturel, Autorités indépendantes multiples (combien sont-elles?), etc.
En réalité, cette hypertrophie institutionnelle ne produit que :
– Redondance fonctionnelle (Sénat doublon de l’Assemblée, Cour suprême doublon de la Cour constitutionnelle) ;
– Complexité administrative qui paralyse l’État ;
– Charges budgétaires insoutenables pour un pays classé parmi les plus pauvres du monde.
Selon nos analyses, ces institutions absorberont entre 11.000 et 15.000 milliards de GNF par an,
soit près de 35 % du budget national.
Exemple concret : en 2020, la Cour constitutionnelle a englouti plus de 21 milliards de francs guinéens alors que ses décisions n’ont jamais eu de poids contraignant.
L’Assemblée nationale, quant à elle, a coûté 188 milliards GNF en 2020, pour une productivité législative quasi nulle sous la gouvernance d’Alpha Condé.
C’est une machine à dilapider nos ressources publiques au profit de clientélismes et de postes
politiques sans effet réel sur la vie des citoyens.
Comme dans la Constitution de 1990 du temps du Général Lansana Conte, on aurait pu se contenter d’une Cour suprême avec, en son sein, des chambres constitutionnelle, économique,
administrative, etc. La Commission nationale pour le développement, la Commission nationale de l’éducation civique et des droits humains, la Commission de régulation de la communication
et de l’audiovisuel, le Conseil économique, social, environnemental et culturel, et les Autorités indépendantes multiples aurait pu être supprimés.
4.3.Un exécutif hypertrophié : le maintien et le renforcement de l’hyper présidentialisme
Le projet constitutionnel est dangereux parce qu’il maintient le déséquilibre critiqué dans les constitutions passées entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, en renforçant le premier
et en affaiblissant les deux autres. Tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du Président:
il est le Président de la République et Chef de l’État, il est le Chef suprême des Forces Armées, il est responsable de la défense nationale et préside, à ce titre, le Conseil supérieur de la Défense
nationale, il oriente et contrôle la mise en œuvre de la politique de la Nation, il met fin aux fonctions du Premier ministre, sans qu’il soit nécessaire que celui-ci présente la démission du gouvernement, il nomme aux hautes fonctions civiles et militaires, il fixe par décret les attributions de chaque ministre, il préside le Conseil supérieur de la magistrature, il exerce le droit de grâce, il exerce des pouvoirs exceptionnels en cas de menace grave et immédiate sur l’Etat, il nomme le tiers des sénateurs, il définit la structure du gouvernement et nomme les ministres sans un cadre prédéfini qui limite le nombre de département et qui encadre le choix des ministres, etc.
Le pouvoir non encadré et non contrôlé du Président de la République est à l’origine du népotisme, de l’ethnocentrisme à outrance de l’espace politique et de l’incompétence dans la fonction publique guinéenne. Il suffit de se rappeler des 36% des hauts cadres nommés par les présidents successifs de la République, mais qui ont manufacturé leurs propres diplômes. Il aurait fallu privilégier la compétence et l’intégrité à travers des processus de sélection pour
certains postes, et/ou requérir la confirmation d’autres nomination par l’Assemblée nationale.
4.4. Un facteur d’instabilité et de coûts excessifs
L’article 72 du projet de Constitution 2025 prévoit que, en cas de vacance de la fonction présidentielle, l’intérim est assuré par le Président de l’Assemblée nationale, ou à défaut, par le Président du Sénat. Une nouvelle élection doit ensuite se tenir dans un délai de 60 minimum à 120 jours maximum.
À première vue, cette disposition semble protéger la continuité de l’État. Toutefois, elle présente plusieurs risques majeurs :
– Risque d’instabilité politique récurrente
Si, par malheur, le Président décède ou devient incapable d’exercer sa fonction dans les mois qui suivent, le pays se retrouvera dans une vacance de pouvoir, nécessitant l’organisation d’une nouvelle. Et si le nouveau Président issue des élections anticipées devait subir le même sort, le pays se retrouvera de nouveau dans d’autres élections. Cela peut arriver dans la même année.
Cette répétition d’élections peut engendrer une instabilité chronique, avec des transitions incessantes qui paralysent la prise de décision et affaiblissent la gouvernance.
– Coûts électoraux élevés
Chaque élection présidentielle est extrêmement coûteuse. Organisation logistique, personnel électoral, sécurité, communication et matériel représentent des dépenses importantes pour un
pays en développement.
Dans un scénario où plusieurs élections seraient organisées en peu de temps, l’État supporterait une charge budgétaire considérable, inutilement, alors que ces ressources pourraient être
investies dans des services sociaux ou le développement économique.
– Affaiblissement de l’État et des institutions
Des transitions fréquentes affaiblissent l’autorité de l’exécutif et rendent difficile la continuité des politiques publiques.
Les ministères et autres institutions peuvent se retrouver en situation d’attente ou d’inertie, ce qui ralentit la mise en œuvre de programmes essentiels pour les citoyens.
La solution à cette instabilité aurait dû être l’élection du président avec un vice-président charge de terminer le mandat en cas de vacance. On aurait pu, en même temps faire l’économie d’une
primature budgétivore et inutile.
4.5. L’Allongement du mandat de 5 ans à 7 ans : un autre recul
Cette disposition est un recul, parce qu’elle contraste avec les caractéristiques de notre temps. En effet, les choses se font actuellement en des temps très courts en raison de plusieurs facteurs clés qui ont transformé notre monde et notre façon de fonctionner. Voici quelques-unes des raisons principales :
– Progrès technologiques
Les avancées dans les domaines de l’informatique, des télécommunications et d’Internet ont considérablement accéléré les processus et les échanges d’information.
– Globalisation
La globalisation a permis une connectivité et une interdépendance accrues entre les individus, les entreprises et les pays, facilitant ainsi les échanges et les collaborations à l’échelle mondiale.
Automatisation et robotique
L’automatisation et la robotique ont permis d’accroître la productivité et l’efficacité dans de nombreux secteurs, réduisant ainsi les temps de production et de livraison.
– Accès à l’information
L’accès instantané à l’information et aux connaissances a permis aux individus et aux organisations de prendre des décisions éclairées et d’agir rapidement.
– Économie numérique
L’économie numérique a créé de nouvelles opportunités pour les entreprises et les individus,
permettant une plus grande flexibilité et une plus grande rapidité dans les transactions et les échanges.
Ces facteurs ont contribué à une accélération générale des processus et des échanges, permettant ainsi de réaliser les choses en des temps très courts. C’est ce qui explique la tendance a la réduction des mandat trop longs dans certains pays comme la France, le Sénégal, pour ne citer que ceux-là.
4.6. Libertés fondamentales conditionnées
La Constitution proclame solennellement les droits humains… mais les encadre par des clauses vagues (menace à l’ordre public, cohésion nationale). Dans la pratique, cela a déjà conduit au verrouillage de l’espace publique. Les exemples sont nombreux :
– le droit de manifester pourra être interdit sur de simples prétextes ;
– la liberté de la presse dépendra d’une Commission de régulation entièrement sous contrôle politique ;
– l’opposition sera autorisée… mais seulement dans les limites fixées par l’État.
Ce texte ne protège pas les libertés, il les suspend sous conditions.
4.7. Partis politiques : un pluralisme sous tutelle
La reconnaissance du multipartisme est piégée pour des raisons suivantes :
-Les partis politiques doivent obtenir une autorisation préalable du ministère de l’Administration du territoire ;
– Les motifs de suspension sont flous (atteinte à la cohésion sociale, moralité publique),
ouvrant la voie à toutes les manipulations ;
– L’organe électoral, contrôlé par l’exécutif, pourra marginaliser les formations gênantes.
Tout cela aura pour conséquence, un retour au parti unique déguisé, où l’opposition est tolérée
mais jamais libre.
5). Conclusion
La Guinée a besoin d’une Constitution qui garantisse la démocratie, la transparence et l’alternance pacifique. La Guinée n’a pas besoin d’un texte comme ce projet de constitution, qui est conçu pour confisquer le pouvoir, consolider un régime militaire et étouffer le peuple.
Ce projet de Constitution qui nous est soumis est dangereux parce qu’il donne le droit aux futures dirigeants de dépenser à des choses inutiles l’argent que nous n’avons pas, de continuer à endetter le pays et à brader nos richesses à leur propre avantage, sans se soucier du peuple. Ce projet concentre tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme et affaiblit le Parlement et les institutions judiciaires. Il met en danger la démocratie et la transparence, et prépare le terrain à une présidence à vie déguisée.
Comme le disait Guy Carcassonne : « Une bonne Constitution ne suffit pas à faire le bonheur d’une nation, mais une mauvaise peut suffire à faire son malheur. »
C’est pourquoi, au nom du Bloc Libéral, nous appelons à rejeter massivement ce projet lors du référendum. Dire NON à ce projet de Constitution, c’est dire OUI à la démocratie, au respect des
droits et libertés, au vivre ensemble apaise, à la lutte contre la mal gouvernance – la corruption et
l’impunité. Bref, dire NON a ce projet de constitution, c’est dire OUI à l’avenir radieux de notre
pays.
Le Bloc Libéral dit fermement : NON au projet de constitution

