Madagascar: l’Assemblée nationale vote la destitution du président, des militaires disent «prendre le pouvoir»

► Le 25 septembre, des manifestations ont débuté à Madagascar, portées notamment par le collectif Gen Z. La colère contre les coupures d’eau et d’électricité s’est muée en fronde plus large contre le pouvoir.
► Le président de la République, Andry Rajoelina, 51 ans, est très contesté par les manifestants. Ses consultations menées ces dernières semaines en marge des manifestations n’ont pas calmé la colère.
► Le 12 octobre, Andry Rajoelina a quitté Madagascar, a appris RFI en exclusivité. Le président malgache a été exfiltré dimanche par un avion militaire français. Il ne serait plus sur le territoire national et sa destination finale reste incertaine.
► Le 13 octobre, Andry Rajoelina a écarté toute démission en appelant à « respecter la Constitution », dans sa première prise de parole depuis un lieu inconnu. Lors de ce direct diffusé sur les réseaux sociaux, il s’est dit dans un « lieu sûr » après une « tentative de meurtre », sans plus de précisions sur sa localisation.
► Le 14 octobre, la présidence de la République de Madagascar a publié sur sa page Facebook un décret « portant dissolution de l’Assemblée nationale » alors que les députés se réunissaient pour entamer le processus de destitution d’Andry Rajoelina pour abandon de poste. Les députés estimant ce décret présidentiel invalide, ils sont allés au bout du vote. « On va prendre le pouvoir à partir d’aujourd’hui et on dissout le Sénat et la Haute Cour constitutionnelle. L’Assemblée nationale, on la laisse continuer à travailler », a indiqué le colonel Michael Randrianirina du Capsat, dans les minutes qui ont suivi. La présidence de Madagascar a dénoncé ce mardi une « tentative de coup d’État ».
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19h00 : Une longue histoire de soulèvements populaires et de prise de pouvoir par les militaires
Depuis son indépendance en 1960, la grande île a une longue histoire de soulèvements populaires et de prise de pouvoir par les militaires. L’année 1972 marque l’entrée de l’armée sur la scène politique. C’est une révolte partie des universités d’Antananarivo qui fait chuter le premier président de la République Philibert Tsiranana. Il remet alors le pouvoir à l’armée après avoir réprimé dans le sang le soulèvement populaire. L’armée garde le pouvoir jusqu’en 1975, avant de le remettre à Didier Ratsiraka qui, lui, sera renversé en 1990 sous la pression de la rue encore une fois. Il revient en 1996, mais est écarté en 2002 en faveur de son rival Marc Ravalomanana après des mois d’affrontements entre deux factions de l’armée. Enfin, en 2009, l’armée joue aussi un rôle décisif : après des soulèvements dans la capitale, les militaires forcent le président à quitter le pouvoir et y placent Andry Rajoelina.
Aujourd’hui, l’histoire se répète. L’armée a encore agi comme un arbitre de la scène politique malgache. Les militaires qui font partie de la population, donc qui vivent les mêmes problèmes qu’elle, de coupure d’eau, d’électricité, et qui ont les mêmes préoccupations, ont donc décidé de se rallier à la contestation jusqu’à prendre le pouvoir. La différence est que d’après ce qu’ils ont annoncé, ils devraient nommer un gouvernement de la société civile avec certains ministres issu du mouvement Gen Z. D’après ces premiers éléments, les militaires semblent vouloir inclure les forces vives de la société dans la gouvernance. Reste à savoir s’ils parviendront à répondre aux revendications du mouvement qui portent sur les droits fondamentaux. L’accès à l’eau, à l’électricité, aux emplois… Et ceci pour justement que l’histoire ne se répète pas.
18h35 : [Reportage] Une victoire pour de nombreux Malgaches
Notre envoyée spéciale, Liza Fabbian, a recueilli ce mardi soir les réactions des Malgaches, aux abords de la place du 13-Mai, en plein cœur de la capitale Antananarivo. Ces annonces ont donné lieu à quelques scènes de liesse. Pour la plupart des personnes interrogées, la destitution d’Andry Rajoelina est une victoire importante qui éclipse pour l’heure les questions sur l’avenir et sur la forme que va prendre la transition annoncée.
C’est vraiment une bonne nouvelle…!
17h55 : La Haute Cour constitutionnelle invite l’autorité militaire à assumer les fonctions de chef de l’État
Ce mardi soir, rapporte notre correspondante Sarah Tétaud, la Haute Cour constitutionnelle a constaté la vacance de la présidence de la République et invite l’autorité militaire qu’elle dit « incarnée par le colonel Michael Randrianirina » à assumer les fonctions de chef de l’État.
17h30 : Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU réagit
« On essaie de voir exactement ce qui va se passer une fois la poussière retombée. Évidemment, s’il y a un coup d’État en cours, on s’y opposera », a déclaré ce 14 octobre Farhan Haq, porte-parole du secrétaire général de l’ONU.
16h45 : Images de la journée à Antananarivo

La présidence de Madagascar a dénoncé ce mardi une « tentative de coup d’État » après l’annonce par les militaires d’une prise de pouvoir, assurant que le président Andry Rajoelina, destitué par un vote de l’Assemblée nationale, « demeure pleinement en fonction ». « La République de Madagascar ne saurait être prise en otage par la force », a affirmé dans un communiqué la présidence.
15h40 : «L’enjeu des deux côtés c’est de se parer d’une certaine légalité», estime Solofo Randrianja, professeur d’histoire politique à l’université de Toamasina à Madagascar
14h30 : La présidence dénonce un «Fake» au sujet d’une lettre de démission d’Andry Rajoelina
«La présidence de la République condamne la diffusion de mensonges et de fausses informations qui déstabilisent la société et sèment la confusion dans l’opinion publique»
14h10 : Plusieurs institutions « dissoutes »
Vers 13h15 TU, les militaires du Capsat, qui venaient de prendre la parole face à la population place du 13-Mai dans la capitale, sont montés à bord de leurs blindés sur le parvis du Palais présidentiel d’Ambohitsorohitra, situé en plein centre-ville, relate notre correspondante Sarah Tétaud. Face à la presse, le colonel Michael Randrianirina – celui-là même qui avait appelé samedi ses frères d’armes à cesser de tirer sur la foule – a annoncé la prise du pouvoir et suspendre la Constitution en cours.
« Devant le piétinement continu de la Constitution, dit le colonel, le bafouement des droits de l’homme, le gaspillage des trésors de la nation et selon les revendications des jeunes soutenues dans toute l’île, nous prenons le pouvoir et annonçons la suspension de la Constitution. »
Les militaires du Capsat ont également annoncé qu’ils mettaient en place un Conseil des présidents, composés uniquement d’officiers de l’armée et de la gendarmerie. Dans leur déclaration, les hauts-gradés annoncent suspendre également les principales institutions. Les militaires ne dissolvent toutefois pas l’Assemblée nationale.
Les militaires du Capsat annoncent également la création d’une Haute cour des réformes. Qui la composera ? Des membres de la Gen Z ? De la société civile ? Aucune information n’a été communiquée pour l’instant à ce sujet.
Enfin, les militaires ont annoncé la tenue d’un référendum qui devrait avoir lieu d’ici 2 ans. Ils nommeront très prochainement, disent-ils, un Premier ministre qui composera un gouvernement civil. Dans la rue, les premiers cris de joie et sifflements sont en train de retentir.
14h : Des militaires présents au milieu de la foule à Antananarivo
13h30 : L’unité de l’armée qui s’est ralliée aux contestataires affirme « prendre le pouvoir »
Le Capsat qui s’est rallié au mouvement de contestation a annoncé « prendre le pouvoir » lors d’un discours à Antananarivo, juste après le vote par l’Assemblée nationale qui a destitué le chef de l’État.
13h : L’Assemblée nationale vote la destitution du président
L’Assemblée nationale de Madagascar a voté la destitution du président Andry Rajoelina. Ce dernier a dénoncé durant le vote une « réunion […] dépourvue de toute base légale », via les services de la présidence, tandis que l’opposition estime, elle, la dissolution illégale.
A Madagascar, malgré la dissolution, les députés votent pour le limogeage du Président Andry Rajoelina
9h : La présidence publie un décret « portant dissolution de l’Assemblée nationale »
La présidence de la République de Madagascar a publié sur sa page Facebook un décret « portant dissolution de l’Assemblée nationale » alors que les députés se réunissaient ce mardi pour entamer le processus de destitution d’Andry Rajoelina pour abandon de poste.
RFI