LA FICTION, TIBOU !

S’il avait écrit un roman, on l’aurait pris au sérieux. Ce genre littéraire correspond en effet mieux à l’attribution de rôles imaginaires à des personnages fictifs. Il permet à l’auteur de satisfaire ses désirs émotionnels dans un monde imaginé par lui-même. C’est ce que Tibou a voulu faire dans un essai intitulé « Le Coup d’État contre Alpha Condé », dans lequel il prétend témoigner de ce qu’il a vécu aux côtés du président Alpha Condé, jusqu’à sa chute. Il refuse toutefois de citer le rôle malheureux qu’il a joué dans cette précipitation. Le récit de Tibou repose sur ce qu’Alpha Condé lui aurait dit, sur ce qu’il a vécu et sur ce qu’il a imaginé de son propre gré. Ne sommes-nous pas là dans une histoire racontée par un manipulateur manipulé ? D’ailleurs, nous connaissons les talents de ces deux hommes en la matière. Qui doit croire qui ? La bouche d’où sort une parole n’est-elle pas plus importante que la parole elle-même ? Pour rappel, en 2013, avant de rejoindre Alpha Condé pour devenir son conseiller personnel et son porte-parole, Tibou écrivait ceci. Je cite : « Alpha Condé n’a jamais participé à l’histoire de la Guinée, et malheureusement pour lui, il n’en fera pas partie non plus. Je suis malheureux pour Alpha Condé, qui est devenu président. Au moins, s’il n’avait pas été président, il aurait gardé la légitimité du combat qu’il a mené. Désormais, on retiendra de lui celui d’un président dont le bilan est chaotique et dont le mythe s’effondre. »

Rejeté politiquement par le CNRD et sur le plan conjugal après l’échec de son mariage à Baby, Tibou vit, ces derniers temps, dans un isolement qui ne dit pas son nom. Son seul refuge est l’écriture, ce qui lui reste quand on lui a tout pris. Quelle écriture ! Le spin doctoring ! Cette écriture qui sert à la manipulation, à la diffamation et au mercenariat de plume, qui lui a toujours permis de tracer sa voie, d’être auprès des chefs et d’atteindre le sommet. De Conté à Condé, en passant par Dadis et Konaté, sans oublier son rôle dans les événements malheureux du 28 septembre, les Guinéens savent tout de cet homme qui finit par être l’ami des chefs, mais l’ami de personne. Oublie-t-il que quelqu’un qui doit faire le sale boulot n’a accès qu’à ce dont il a besoin pour le faire, ainsi fonctionnent les chefs. Croire ces propos sur parole est une grosse bêtise qu’un prétendu intellectuel doit éviter.

Pourtant, il est facile de lire cet ouvrage de Tibou et de comprendre le message. C’est le livre de quelqu’un qui n’a pas trouvé sa place dans le nouveau système malgré tous ses efforts. C’est le livre d’un homme frustré qui en veut à ceux qui sont aujourd’hui dans les grâces du CNRD et qui ne lui ont pas tendu la main. C’est le livre d’un frustré. Pourquoi cherche-t-il à mettre les autres en mal avec le pouvoir en place ? Et pourquoi doit-il montrer qu’ils ne sont pas fidèles à l’homme du 5 septembre ? Et pourquoi doit-il à tout prix prouver qu’ils ont tous trahi leurs anciens patrons, que le tout nouveau maître doit s’en méfier, etc. ? Mais qui a plus d’atouts dans un tel rôle que lui ? C’est l’hôpital qui se moque de la charité.

D’ailleurs, en lisant le livre de Tibou, on n’apprend rien de nouveau, si ce ne sont ses propres commentaires sur certains faits qui visent à braquer le lecteur contre untel ou untel. Tout ce que Tibou a écrit a déjà été dit dans les bars et cafés de Conakry pour diffamer ou incriminer les uns et les autres. Les écrire dans un livre n’apporte aucun crédit ; c’est plutôt apporter des preuves concrètes. Quand Albert Bourgi écrit son livre Ils savent que je sais, il apporte tout au long de l’ouvrage des preuves irréfutables : des lettres, des documents, des signatures, etc. Voici un auteur qui respecte ses lecteurs. Ceci est totalement différent du fait de venir partager dans un livre des fleurs aux amis et déverser la haine sur ceux que l’on n’apprécie plus. Cela s’appelle de la malhonnêteté intellectuelle. Un tel livre est jeté à la poubelle de l’histoire après lecture.

Pourtant, dans ce livre, il aurait pu faire mieux. Il aurait pu partager ses expériences pratiques personnelles. Comment a-t-il fait pour s’acoquiner avec les régimes depuis Conté, pour ensuite se retrouver face au CNRD ? Comment a-t-il été démasqué par l’homme du 5 septembre ? Les différents rôles qu’il a joués pour ses amis dans les différents régimes ? Comment, en moins d’un an de mariage, il a été chassé de la maison conjugale à Abidjan pour se retrouver dans une telle détresse et écrire tout et n’importe quoi. Des questions qu’il abordera certainement dans son tome II.

Affaire à suivre !

Mamadou Samba Diallo
(Bruxelles )