« Manger bon, manger bien ». Pour les Guinéens, l’application de cette règle reste un défi majeur. La mauvaise qualité des produits alimentaires, parfois destinés à la consommation directe, est souvent mise en cause. Le marché Tanènè, situé dans la commune de Gbessia en est la parfaite illustration.
Ce mardi matin, un constat alarmant a été fait : des milliers de pastèques sont exposées à même le sol, sous le soleil ardent et à proximité immédiate d’un caniveau rempli d’ordures, où les mouches font l’aller-retour incessant entre les fruits et les déchets. C’est dans ce contexte d’extrême insalubrité que plusieurs vendeuses de pastèques ont livré des messages poignants.
Interrogée, la présidente des vendeuses de pastèques et de fruits, Yarie Touré, a tiré la sonnette d’alarme.
« Nous manquons cruellement de place ici. Parfois, si le camion arrive plein de marchandises, vous ne pouvez pas rentrer chez vous, de peur que l’on vous vole le peu de bénéfice que vous pourriez réaliser. Nous n’avons donc d’autre choix que de passer la nuit sur place. Et par manque d’espace, un camion bien chargé peut rester deux jours sans être déchargé », a-t-elle déploré.
Poursuivant ses doléances, elle affirme n’avoir pas pu écouler sa marchandise depuis plusieurs jours avant de lancer un appel pressant aux autorités.
« Il y a de cela une semaine, nous n’avons pas réussi à vendre même une seule boule [pastèque] parce que nous étions masquées par un tas d’ordures ici. Cela faisait fuir nos clients, alors qu’en temps normal, on peut vendre plus de cent mille francs par jour à cet endroit. L’État doit nous venir en aide, car si nous sommes exposées comme ça, c’est la santé des Guinéens qui est menacée. Nous comptons sur le Président [Doumbouya] pour nous aider à trouver des places décentes, sinon ce n’est pas viable. »
Elle explique ensuite les pertes subies : « Quand on achète les fruits au village, ils sont déjà chers, sans compter le transport. Une fois ici, le camion peut faire deux jours sans être déchargé. Et quand on les décharge, on les met sur le cordon [le trottoir ou bordure] en pleine chaleur. C’est la raison pour laquelle nos produits pourrissent souvent ici. La pastèque n’aime pas la chaleur ! »
Ibrahima Camara