Une analyse critique du rapport dit définitif de l’évaluation des partis politiques par le MATD sous le CNRD
Le rapport dit définitif de l’évaluation des partis politiques par le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) marque une étape supplémentaire dans la stratégie de marginalisation des acteurs politiques majeurs en Guinée. Depuis l’arrivée du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), les décisions prises à l’encontre des partis politiques traduisent une volonté manifeste de remodeler le paysage politique en neutralisant les figures capables de s’opposer à une éventuelle confiscation du pouvoir par la junte.
UNE DÉMARCHE D’EXCLUSION SYSTÉMATIQUE
Loin d’être une simple procédure administrative, la suspension de partis politiques historiques comme l’Union des Forces Républicaines (UFR), le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel) ou le Parti de l’Unité et du Progrès (PUP) s’inscrit dans une dynamique plus large d’affaiblissement des structures traditionnelles de représentation politique. Ces formations, qui ont façonné la vie politique guinéenne, ont souvent émergé dans des contextes de répression et de clandestinité. En les mettant aujourd’hui hors-jeu par des moyens administratifs, le CNRD ne fait que renforcer le sentiment d’un retour à ces périodes sombres où l’opposition n’avait d’autre choix que de s’organiser en dehors des cadres officiels.
Ce choix est non seulement dangereux pour la stabilité sociopolitique du pays, mais il envoie également un signal fort : celui d’un régime qui, faute de légitimité électorale, tente d’éliminer ses adversaires par des décisions arbitraires.
UNE STRATÉGIE À DOUBLE TRANCHANT
Si l’objectif de ces suspensions est de créer un vide politique qui pourrait être comblé par des formations plus complaisantes envers la junte, cette manœuvre semble ignorer une donnée fondamentale : la relation entre les leaders politiques et leurs bases ne se limite pas à l’existence légale des partis. Elle repose sur des années d’engagement, de luttes et de sacrifices. En d’autres termes, une simple interdiction administrative ne suffira pas à rompre ces liens.
Au contraire, en poussant ces partis vers la clandestinité, le CNRD prend le risque de radicaliser davantage le champ politique. L’histoire politique de la Guinée a montré que la répression brutale des forces d’opposition finit souvent par renforcer leur détermination et leur ancrage populaire. Une mobilisation de masse pourrait être déclenchée par un simple mot d’ordre des leaders exclus du jeu politique officiel.
UN PROCESSUS BIAISÉ ET À SENS UNIQUE
Enfin, cette évaluation des partis politiques semble s’inscrire dans une logique sélective et arbitraire. Si le CNRD prétend sanctionner les formations politiques pour des irrégularités, qu’en est-il des engagements non tenus par la transition elle-même ? Qu’en est-il des promesses de dialogue inclusif, du respect des libertés fondamentales et des échéances électorales qui n’ont cessé d’être repoussées ?
Loin d’être une mesure de rationalisation du paysage politique, cette suspension massive des partis historiques s’apparente davantage à une mise à l’écart des véritables forces d’alternance au profit d’un projet de consolidation du pouvoir militaire. Une telle approche, en plus d’être antidémocratique, risque de plonger le pays dans une crise encore plus profonde.
En somme, la Guinée se trouve à un tournant décisif de son histoire politique. En cherchant à neutraliser les partis d’opposition par des moyens administratifs, le CNRD semble ignorer les leçons du passé : aucune exclusion forcée ne peut étouffer durablement une dynamique politique bien ancrée. Plutôt que de renforcer la transition, ces mesures risquent d’accentuer la défiance populaire et de fragiliser davantage le climat sociopolitique. Une solution viable passerait inévitablement par un dialogue inclusif et le respect des principes démocratiques, sans quoi le pays pourrait s’engager dans une voie périlleuse aux conséquences imprévisibles.
Fodé BALDE
Politologue
Certifié en Diplomatie Économique
Certifié en Études Stratégiques