Ces derniers temps, l’incendie est devenu très récurrent en Guinée et plus particulièrement à Conakry. Un phénomène qui fait plusieurs dizaines de perte en vie humaine et des dégâts matériels importants. Une situation devenue très préoccupante pour la population qui ne sait plus quoi faire pour mettre fin ou réduire de façon drastique ce phénomène qui continue à endeuiller et à appauvrir des familles.
En Guinée, beaucoup s’interrogent sur les causes réelles et les solutions à apporter au phénomène de l’incendie qui fait des ravages dans le pays. C’est pour tenter de répondre à cette préoccupation des citoyens que notre rédaction s’est intéressé à ce sujet. Dans un entretien réalisé à cet, Ousmane Salami Camara, secouriste et spécialiste en gestion de l’incendie a expliqué les causes, les moyens de prévention et les dispositions à prendre pour y remédier afin de pouvoir sauver la vie des centaines de guinéens.
Red: Bonjour monsieur veuillez vous présenter pour nos lecteurs
Je me nomme Ousmane Salami Camara, secouriste et spécialiste en gestion de l’incendie
Red: Monsieur Camara comme vous le savez très bien, ces derniers temps, on assiste à la récurrence de l’incendie en Guinée, comment peut-on expliquer ce phénomène ?
Ousmane Salami: Oui c’est un phénomène qui est très, très inquiétant aujourd’hui dans notre société. Car on ne peut pas passer une semaine ou un mois sans qu’on entend par-ci ou par-là qu’il y a des cas d’incendie…. Mais aujourd’hui, ce qui se passe chez nous, c’est très inquiétant. Si vous tenez de compter le nombre de cas d’incendie qui s’est déclaré en Guinée, vous ne pouvez pas y croire. Donc il faudrait que nous essayions de prendre des mesures correctives, voire même des mesures préventives, afin de réduire ces différents cas d’incendie qui se passent chez nous aujourd’hui.
Red: selon vous Monsieur Camara, qu’est-ce qui est à l’origine des incendies en Guinée ?
Ousmane Salami: concernant l’incendie, les causes sont multiples et variées. La cause de ces incendies, premièrement, il faut savoir que nous avons des mauvaises installations. Si vous prenez par exemple le cas de Dabondy Bas-fond ce qui est arrivé là-bas. C’est que c’est des menuisiers qui sont là, ils travaillent avec les copeaux. Donc ces copeaux là sont stockés, ils ne sont pas évacués une fois que le feu est dedans, c’est difficile d’éteindre c’est ça le cas de là-bas. Mais quand vous prenez nos installations electriques , aujourd’hui, partout où il y a le feu, il faut savoir qu’on a de très mauvaises installations en Guinée. Parce que le constructeur recommande et ce que la norme recommande c’est différents. Vous avez une maison comme ça, ce qu’il faut faire d’abord, à chaque six mois, il faut faire le contrôle sur les différents éléments qui se trouvent sur la maison (installation électrique). Et la norme de construction NF50-100, NFC50-100, a ses principes donc ça, ce n’est pas respecté chez nous. Par exemple, vous prenez les prises on demande le fil 2.5 les lampes, on demande le fil 1.5, le climatiseur 6 millimètres carrés ainsi de suite. Il faut connaître d’abord l’ampérage de ces prises-là, l’ampérage de ces lampes. Mais ça, ce n’est pas connu chez nous. Vous allez voir chez nous, tout ça là, c’est banaliser à part ces installations sauvages que nous avions. Vous allez voir que la qualité des fils que nous avions aujourd’hui pose beaucoup de problèmes. Il n’y a pas une réglementation, comme j’ai parlé des normes par rapport à ces fils. Les gens vendent des fils comme ils veulent. Normalement, ça devait être comme la pharmacie.C’est des spécialistes qui devaient vendre ces fils-là. En plus de ça, ceux qui viennent faire des installations, ce sont des gens qui ne sont pas très bien formés. Ils ne sont pas passés par les écoles techniques pour savoir les différentes normes qu’il faut, pour connaître les charges des maisons. Donc ça aussi, c’est un problème. C’est pourquoi il faut savoir aujourd’hui, quand vous voulez faire une installation de bâtiment, il faut tenir compte de la charge du bâtiment, les disjoncteurs qu’il faut placer, il faut tenir compte de ça , il faut qu’il y ait quelqu’un qui pourra vous régler le disjoncteur en fonction de la capacité de votre bâtiment. Mais tel n’est pas le cas vous placez un disjoncteur de 60 A, et tandis que votre charge ne dépasse pas 30 A, même s’il y a un court de circuit, il faut savoir que ça ne va pas disjoncter. Et puis, les électriciens qui travaillent même sur des bâtiments aujourd’hui, ils ne font pas de bons raccordements. Donc tout ça, ça pose des problèmes et puis, il faut savoir, parce que la responsabilité, il faut que ça soit partagé, vous prenez ce qu’ils nous donnent à manger aussi, c’est-à-dire l’EDG par exemple. Quelle est la quantité, l’intensité qu’ils nous envoient ? Dès qu’il y a coupure de courant et ça revient, ça peut aller au-delà des charges des maisons. Donc tout ça, ça peut provoquer des incendies.
Red: Monsieur Camara, en tant qu’expert, quelle proposition faites-vous aujourd’hui pour mettre fin ou réduire le phénomène de l’incendie en Guinée?
Ousmane Salami: ce que je peux dire à la population aujourd’hui, c’est d’être prudent. Chacun doit d’abord vérifier son installation, il faut choisir les qualités de fil. Et puis, il ne faudrait pas qu’on essaye aussi de brancher les appareils électriques inutilement souvent c’est ce qui se passe chez nous, même nos propres rallonges pour charger nos téléphones, nos chargeurs il ne faut pas que le chargeur soit branché inutilement. Quand il n’est pas relié au téléphone, débranchez-le. Vous voulez sortir de la maison, faites descendre votre disjoncteur. Donc partout où il y a des objets, partout où il y a les prises, éloignez les objets qui peuvent être brûlés. Quand je prends l’exemple sur des parfums, sur du butane. Ça peut être dans la maison dès qu’il y a une certaine température, vous allez voir que ça peut s’éclater. Donc tout ce qui peut être fermenté, même la peinture, il faut que ça soit dans un endroit bien aéré, l’huile dans un endroit bien aéré, sinon ça risque d’exploser. Donc c’est ce qui se passe chez nous mais le plus marrant dans tout ça, quand il y a un incendie, on ne cherche pas à savoir la cause. On vient seulement, il y a l’incendie, chacun se met à crier, et puis c’est fini.
Les enquêtes ne sont pas suivies c’est pourquoi chaque fois, on résiste à des cas d’incendie chez nous. Parce que les responsabilités sont partagées . Mais nous donnons le chapeau à l’État, parce que c’est l’État qui doit réglementer.
Quand on parle des incendies, c’est l’État qui doit réglementer. Tous ceux qui envoient des fils aujourd’hui, les appareils électroménagers, sont sous le contrôle de qui ? Ce n’est pas l’État? Donc si les gens envoient ces matériels ou ces équipements qui ne sont pas contrôlés, les deuxièmes, les troisièmes, dès que ça vient, nous prenons. Et puis, c’est de la part de l’État, parce qu’il faut une entreprise de certification. C’est l’État qui doit trouver un partenaire, même pour nos maisons, pour dire qu’après la construction, il faut que ça soit certifié. Mais déjà, il n’y a pas ces structures-là en place. L’entreprise doit être là pour faire la certification.
Donc si les maisons ne sont pas certifiées, vous leur donnez le courant. Il faut savoir que quand il y a un incendie, on va accuser l’État, parce que l’État, en un mot, c’est lui qui coiffe tout le monde. C’est lui qui coiffe l’EDG, c’est lui qui coiffe les citoyens. Mais aussi, les citoyens ont leur part de responsabilité. Vous ne pouvez pas avoir des moyens de construire un bâtiment et que vous refusez de prendre un électricien de qualité et que vous refusez d’acheter des fils de qualité. Mais si vous refusez d’acheter les fils de qualité, le reste, c’est ce que vous avez cherchés pendant 10 ans qui va partir en une seconde. Donc, ça veut dire que chacun a sa part de responsabilité. Si nous sommes laissés faire, il faudrait que nous aussi prenions notre responsabilité.
Red: quelles sont les précautions à prendre en cas de l’incendie?
Ousmane Salami: les moyens de prévention ou les moyens de protection, il faudrait que les gens essaient de connaître ça, c’est ce qui peut nous sauver….. Quand il y a le feu, comme il y a un adage qui dit qu’on ne peut éteindre le feu dans les premières minutes avec une tasse d’eau, dans deux minutes avec un seau d’eau. Mais, quand le feu devient trois minutes, il faut faire ce que tu peux, il faut chercher la tête. Donc, pour éteindre le feu, le moyen le plus approprié, c’est d’utiliser des extincteurs. Et il faut savoir qu’il y a plusieurs types d’extincteurs. Il y a les extincteurs de type A, il y a les extincteurs à eau, il y a les extincteurs à poudre et les extincteurs à CO2. Mais actuellement, pour être très courts, il faut prendre les extincteurs A, B, C, D, K, qui peuvent lutter contre les feux de classe A, les feu de classe B, les feu de classe C, les feu de classe D et les feu de classe K. Donc, c’est les A, B, C, D, qui peuvent nous permettre d’éteindre toute sorte de feux, que ce soit à la maison ou dans les entreprises. Les extincteurs en boule aussi, qu’on vende, vous pouvez placer auprès des prises ou des disjoncteurs. Dès qu’il y a feu, vous essayez de poser, ça s’explose de lui-même.
Red: Merci Monsieur Ousmane Salami Camara
Entretien réalisé par Ibrahima Camara