Avortements à haut risque : 30,8% des lycéennes de Conakry concernées, un gynécologue tire la sonnette d’alarme
L’avortement volontaire et non sécurisé est devenu une pratique alarmante chez les jeunes filles en Guinée. Les filles dont l’âge varie entre 15 et 17 ans se livrent à cette pratique sans toujours prendre la mesure des conséquences négatives que cela pourrait entraîner dans leur vie.
Lors d’une rencontre ce mardi 21 octobre 2025, le Professeur Telly Sy, président de la Société Guinéenne de Gynécologie-Obstétrique (SOGGO), a tiré la sonnette d’alarme sur l’ampleur de l’avortement non sécurisé en Guinée, en présentant des statistiques très alarmantes.
Selon lui, une étude menée chez des lycéennes de Conakry en 2020 a révélé que 30,8% des filles ayant déjà contracté une grossesse avaient pratiqué un avortement clandestin. Le Professeur Sy a également partagé des données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) :
« Selon l’OMS, 4,2 millions d’avortements provoqués ont lieu chaque année en Afrique. Plus de 75% de ces avortements sont jugés à risque, entraînant près de 300 000 décès. À Conakry, une étude menée chez les lycéennes en 2020 a révélé que 30,8% des filles ayant déjà contracté une grossesse avaient pratiqué un avortement clandestin. L’avant-dernière étude réalisée sur les avortements provoqués au CHU de Conakry, remontant à 2006, avait trouvé un taux de létalité de 14%. Nous savons également que les avortements contribuent à 13% des décès maternels dans le monde, venant au troisième rang après les hémorragies et les infections. »
Pour remédier à ce phénomène qui prend de l’ampleur et aux risques encourus par les jeunes filles, le Professeur Telly Sy a proposé plusieurs pistes de solutions.
« Plusieurs questions doivent faire l’objet de réflexion profonde. Nous sommes pleinement engagés, aux côtés de nos partenaires, de nos communautés et de nos États, à en discuter pour le bien-être et le respect des droits des femmes et des jeunes filles de notre pays et de notre région. Il s’agit notamment de l’harmonisation de nos textes avec les instruments juridiques tels que le Protocole de Maputo, et de travailler à la déstigmatisation aux niveaux religieux, culturel et en milieu hospitalier. Nous devons nous appuyer sur un dialogue qui propose des solutions concrètes, adaptées à nos contextes, respectueuses de nos cultures, et fondées sur les droits humains. »
Enfin, il a appelé à une meilleure sensibilisation et au renforcement du cadre juridique à travers une réforme des lois et politiques qui criminalisent les femmes et les professionnels de santé.
« Nous appelons à :
* Une meilleure information, accessible et sans jugement, pour toutes les femmes et les filles.
* Des services de santé de qualité, disponibles et sécurisés, y compris en milieu rural.
* Une réforme des lois et politiques qui criminalisent les femmes et les professionnels de santé.
* Une mobilisation intergénérationnelle et intersectorielle, où chaque acteur joue son rôle. Nous devons nous inspirer des exemples de certains pays africains comme le Bénin et le Mali qui ont pu surmonter ces obstacles. Ce dialogue nous offre un espace régional multisectoriel (prestataires, société civile, décideurs, partenaires techniques et financiers) pour croiser les perspectives, apprendre les uns des autres et surmonter collectivement les obstacles. C’est une étape, mais elle doit être suivie d’actions, car chaque jour d’inaction coûte des vies », a conclu le Professeur Telly Sy.
Ibrahima Camara

