Recrudescence du crime en Guinée: un sociologue se prononce sur les causes et les mesures à prendre
Depuis un certain temps, la Guinée est en proie à une recrudescence du crime passionnel, le dernier à date, c’est l’assassinat d’Adama Konaté à Kankan. Ce crime odieux qui a secoué toute la Guinée a suscité des indignations et des interrogations sur l’ampleur inquiétant que ce phénomène est en train de prendre dans notre société. Face à cette situation préoccupante, notre rédaction est allé à la rencontre de Koloko Djiguiba Traoré, sociologue, ancien chercheur et consultant.
Bonjour Monsieur: actuellement on assiste à la recrudescence du crime, d’assassinat et autres dans notre pays. En tant que sociologue, quelle lecture faites-vous de ce phénomène devenu très inquiétant?
Djiguiba Traoré: Si nous remarquons aujourd’hui en Guinée les cas d’homicides volontaires, d’homicides involontaires, d’assassinats, de viols, de kidnappings, tous ces phénomènes sont devenus récurrents aujourd’hui dans notre pays. Je pense que les causes sont diverses. Premièrement, il y a ce que nous les sociologues appellent les instances de contrôle social, qui sont la police, la gendarmerie, la justice et même les parents de l’environnement. Deuxièmement, il y a ce que nous appelons ici, l’influence des nouvelles technologies de l’information et de la communication, qui sont l’Internet, la télévision et autres, qui amènent certains enfants à adopter des comportements de mimétisme. C’est le fait d’adopter le comportement de l’autre, de se comparer à l’autre. C’est pourquoi ces cas aujourd’hui sont devenus récurrents. On peut aussi parler, si vous voulez, de l’accès aux produits stupéfiants, la drogue et tous ces produits, et aussi les produits énergétiques, qu’on appelle les produits aphrodisiaques qui sont là, qui se vendent comme des cacahouètes sur le marché, et les gens consomment ça, et généralement ça crée souvent des troubles psychosociologiques qui ne parviennent vraiment pas à gérer.
Rédaction: Que faut-il faire aujourd’hui pour changer la donne ?
Djiguiba Traoré: Vous savez, il y a des alternatives, c’est vrai. Chacun, au niveau de sa sphère sociale ou politique, devrait jouer son rôle. Il appartient par exemple au gouvernement de contrôler. Il y a un moment où, dans une télévision, j’avais dit qu’on devrait restreindre un peu l’accès à l’Internet, c’est-à-dire que tout ce qui est films pornographiques et autres, on devrait restreindre, l’accès surtout aux gens qui ne sont pas vraiment matures. Deuxièmement, au niveau de l’accès à la drogue, à tout ce qui est stupéfiant, l’État devrait franchement se battre pour que l’accès soit vraiment difficile. Parce que c’est difficile d’adopter certains crimes si on est réellement dans son état réel, si on a la capacité réelle. Si on a ses compétences intellectuelles, c’est difficile d’adopter un certain comportement. C’est très difficile. Aussi je constate qu’il y a une certaine démission au niveau des parents. Aujourd’hui, avant, l’enfant était éduqué par non seulement ses parents, mais aussi par l’environnement. Mais aujourd’hui, on constate malheureusement que l’enfant appartient non seulement à ses parents. Et ceci aussi, compte tenu de certaines situations de précarité, n’ont pas le temps de s’occuper de leurs enfants, leur donner certains conseils dans le cadre d’éducation sexuelle, dans le cadre de la vie en société. Donc, eux aussi, ils doivent jouer leur rôle.
La justice, ceux qui commettent ce crime-là, devraient sincèrement être punis à la mesure de leur forfaiture. Il ne faudrait pas qu’il y ait toujours de la récidive. Regarde par exemple le cas de Kankan.
Le monsieur qui est un psychopathe, parce que moi je le qualifierais de psychopathe, qui souffrait d’un problème psychosociologique. Ils ont été une fois à la gendarmerie, mais ils n’ont pas mesuré la teneur réelle de la chose, du danger. Et finalement, on est arrivé à l’irréparable.
La justice devrait aussi jouer son rôle. Et vous, les médias, vous avez un rôle aussi important à jouer. Au niveau de vos différents radios, sites et autres, vous devez avoir des programmes, des pages d’information, de sensibilisation, d’éducation, pour qu’aujourd’hui, les gens puissent savoir le danger que guettent les populations par rapport à ces différents phénomènes.Donc chacun, en ce qui le concerne, que ce soit l’État à travers le ministère de la Sécurité, à travers le ministère de la Justice, à travers même le ministère de l’Éducation nationale, que chacun puisse jouer son rôle. Que les parents jouent leur rôle, et que aussi l’environnement, la société puisse jouer son rôle. Je pense que s’il y a cette synergie, on pourra sincèrement enrayer un peu.
Rédaction: Merci Monsieur Traoré de vous prêtez à nos questions
Un entretien réalisé par Ibrahima Camara