Ukraine: les délégations russe et américaine concluent leurs pourparlers en Arabie saoudite
Après douze heures de pourparlers à huis clos en Arabie saoudite, les responsables américains et russes ont achevé lundi 24 mars leurs discussions sur le conflit en Ukraine, plus de trois ans après le début de l’offensive russe.
La Maison Blanche et le Kremlin publieront mardi un communiqué commun pour résumer leurs négociations qualifiées dès le départ de « difficiles » par Moscou, ont indiqué des agences russes. Les délégations russe et américaine se sont réunies dans un palace de Riyad, au lendemain d’un premier round de discussions entre Américains et Ukrainiens.
La délégation ukrainienne, selon un de ses membres, prévoit de nouvelles discussions lundi avec l’équipe américaine, une fois connus « les résultats de la réunion États-Unis-Russie ».
La délégation ukrainienne, selon un de ses membres, prévoit de nouvelles discussions lundi avec l’équipe américaine, une fois connus « les résultats de la réunion États-Unis-Russie ».
Mardi dernier, le président russe Vladimir Poutine avait accepté un cessez-le-feu de 30 jours. Une proposition de son homologue américain d’un cessez-le-feu partiel sur les infrastructures énergétiques russes et ukrainiennes pour une période de 30 jours.
Discussions sur la mer Noire
Les discussions à présent portent sur un possible cessez-le-feu en mer Noire, afin de permettre un retour à l’accord céréalier qui avait permis à l’Ukraine, de juillet 2022 à juillet 2023, d’exporter ses céréales, vitales pour l’alimentation mondiale, malgré la présence de la flotte russe dans la zone.
La Russie s’en est ensuite retirée, accusant les Occidentaux de ne pas respecter leurs engagements censés assouplir les sanctions sur les exportations russes. Cet accord céréalier et « tous les aspects relatifs à sa remise en œuvre sont à l’agenda d’aujourd’hui », a déclaré lundi le porte-parole du Kremlin. « C’était la proposition du président Trump et le président Poutine l’a acceptée », a-t-il ajouté, sans mentionner un éventuel engagement concernant la suspension des combats.
Le ministre ukrainien de la Défense, Roustem Oumerov, a qualifié leur réunion avec les Américains dimanche de « productive et ciblée ». « Nous avons abordé des points clés, notamment l’énergie », a-t-il affirmé.
La délégation ukrainienne est emmenée par le ministre de la Défense, tandis que la délégation russe est formée de Grigory Karasin, sénateur et ancien vice-ministre des Affaires étrangères, et de Sergueï Beseda, conseiller du directeur du FSB, les services de sécurité intérieure. La délégation américaine est conduite par Andrew Peek, un haut responsable du Conseil de sécurité nationale, et par un haut responsable du département d’État, Michael Anton.
L’exploit naval de l’Ukraine en mer Noire
Grâce à ses trois ports de la région d’Odessa, l’exportation de céréales ukrainiennes et d’engrais, fonctionne à plein régime. Des exportations quasi-équivalents à celles d’avant-guerre et plus importantes que les exportations de grains de l’Union européenne.
Pour y parvenir, l’Ukraine a réalisé un véritable exploit naval. Sans même disposer d’une marine de guerre, elle est parvenue à mettre en échec la flotte russe en mer Noire, en envoyant par le fond 24 unités, dont certaines majeures comme le croiseur Moskva, les navires amphibies Yamal et Azov, le patrouilleur le plus récent, le Sergueï Kotov, et même un sous-marin le Rostov sur le Don qui était en cale sèche à Sébastopol.
Au total, le tiers de la flotte russe de la mer Noire a été détruit. La véritable innovation est venue, comme sur le champ de bataille terrestre, de l’utilisation intensive des drones. Avec les célèbres Magura vedettes téléguidées, lestées de 800 kilos d’explosifs. L’un d’entre eux a même réussi à parcourir 800 km avant de frapper le Caesar Kunikov navire de débarquement près de la base navale de Novorossiysk située au nord-est de la mer Noire, un coup de Trafalgar pour la Marine russe.
« Il y a beaucoup à faire », selon Dmitri Peskov
Washington et Kiev poussent à présent pour, au minimum, un arrêt provisoire des frappes sur les sites énergétiques, largement endommagés du côté ukrainien. L’Ukraine se dit « prête » à un cessez-le-feu « général » et sans condition. Mais Vladimir Poutine, dont l’armée avance sur le terrain malgré de lourdes pertes, semble jouer la montre, tant que ses soldats n’ont pas expulsé les troupes ukrainiennes de la région russe frontalière de Koursk.
À ce stade, le Kremlin assure s’être uniquement mis d’accord avec Washington sur un moratoire sur les bombardements des infrastructures énergétiques. « Il s’agit d’un sujet très complexe et il y a beaucoup à faire », a d’ores et déjà tempéré Dmitri Peskov, estimant que les négociations seraient « difficiles ».
L’émissaire de Donald Trump, Steve Witkoff, s’est malgré tout montré optimiste, disant s’attendre à de « vrais progrès », « particulièrement en ce qui concerne un cessez-le-feu en mer Noire sur les navires entre les deux pays ». « Et, à partir de cela, on se dirigera naturellement vers un cessez-le-feu total », a-t-il dit.
Des combats qui se poursuivent
Malgré l’accélération des efforts en vue de parvenir à un cessez-le-feu, les combats se poursuivent. Durant la nuit de dimanche à lundi, des frappes ont touché la région de Kiev et celles de Kharkiv et Zaporijjia, dans l’est de l’Ukraine, faisant plusieurs blessés, selon les autorités ukrainiennes.
Une nouvelle fois, c’est la ville de Soumy qui a été touchée, après ses infrastructures médicales, énergétiques et son université déjà endommagée ces derniers mois, c’est un quartier résidentiel densément peuplé qui a été touché par une frappe de missile ce lundi après-midi, rapporte notre correspondante à Kiev, Emmanuelle Chaze. Les blessés se comptent par dizaines : près de 90 personnes dont 17 enfants ont été pris en charges.
Suite à ces frappes, Andriy Sibyha le ministre des Affaires étrangères a réagi : pour lui toute diplomatie avec la Russie devrait être basée sur la force militaire, la pression des alliés et des sanctions pour véritablement forcer Moscou à arrêter ce genre de frappes. Pour la seule semaine passée, plus de 1 500 bombes, 1 100 drones kamikazes et quinze missiles ont été lancés par Moscou
Le ministère russe de la Défense a indiqué de son côté avoir intercepté un drone ukrainien près d’une station de pompage de pétrole dans la région de Krasnodar, accusant Kiev de « poursuivre ses attaques contre les infrastructures énergétiques ».
Trois employés de médias russes tués en Ukraine
Un reporter, un caméraman et un chauffeur employés par un journal et une chaîne de télévision russes ont été tués dans l’est de l’Ukraine alors qu’ils couvraient le conflit, ont annoncé lundi leurs médias. « Le correspondant d’Izvestia Alexandre Fedortchak a été tué dans la zone de l’opération militaire spéciale », a indiqué Izvestia. Le journal avait indiqué que son journaliste travaillait autour de Koupiansk, dans la région de Kharkiv, située dans le nord-est de l’Ukraine.
La chaîne de télévision publique Zvezda, qui dépend du ministère russe de la Défense, a déclaré qu’un caméraman et un chauffeur étaient également décédés dans cette frappe. La voiture dans laquelle ils se trouvaient a été visée par deux missiles de type Himars, selon Zvezda, évoquant cet armement de fabrication américaine. Le Comité d’enquête russe a annoncé avoir ouvert une investigation criminelle sur leurs morts dans la région ukrainienne de Lougansk (est), qui est presque entièrement occupée par l’armée russe.
RFI